L’effet sarkozy ou le nettoyage technique
NOUS ACCUSONS !chantait Clément rendant hommage à la Commune dans son célèbre chant de la Semaine Sanglante. Hier les gens de la police et les gendarmes fleurissaient sur les pavés de Chateauneuf du Pape, pourquoi ? Est-ce que ce paisible village provençal s’était tout d’un coup transformé en une de ces sois disantes zones de non-droit de la banlieue parisienne ? Non, il y avait seulement un candidat en campagne et par n’importe lequel : Nicolas Sarkozy. Il était 16h, sa venue était fixé dans une demi-heure et la petite place du village était déjà pleine. Nous avons appris quant à nous la venu de Nicolas Sarkozy un jour avant, juste le temps de s’organiser et nous étions une douzaine pour l’accueillir comme il se devait, précisons seulement que cette venue entrait dans le cadre de la surenchère extrémiste qui endeuille notre département depuis une dizaine d’année. En effet Sarkozy était invité sur les terres de Bompard (maire MPF d’Orange ) dans la circonscription d’Orange, dans une zone où les candidats de la droite extrême et de l’extrême droite se plaisent à être en compétition permanente pour savoir qui fera régner la loi du plus fort. Sur les centaines de personnes présentes, il y avait donc la présence " massive " de douze personnes venues crier le mécontentement de la politique du berlusco-bush sans banderoles ni signes distinctifs. Et pourtant les quelques autocollants que l’on avait en main on suffit à avertir le MIL (service d’ordre de Sarkozy) et les RG disséminés dans toute la foule. Dix minutes après notre arrivée il y avait pour chacun de nous deux gardes du corps un peut trop attentionné, nous suivant partout et nous incitant finalement à ne pas faire de bêtises. Un ami qui vous veut du bien comme dirait l’autre. A tel point qu’ils se sont apparemment sentis obligé de nous dénoncer pour éviter les " bêtises ", nous n’avons pas compris tout de suite pourquoi tout d’un coups une dizaine de policiers nous est tombée dessus sans que l’on est rien fait et obligé de les suivre pour un " contrôle d’identité " sous les quolibets de la foule (" racailles ", " en prison " etc..), nous avons été rejoint par un autre groupe d’opposants arrêtés pour " port de tee-shirts suspect ". Rapidement la police municipale nous met entre les mains des gendarmes qui nous invitent à monter dans leur fourgon en nous promettant qu’il s’agit simplement d’un contrôle de 5 minutes, en réalité on est emmené dans le local des services techniques de la mairie où l’on découvre 5 ou 6 cars de gendarmes mobiles. Nous sommes donc détenus par une unité de l’armée, sans motifs et ce pendant 1h30, on sera bientôt rejoint par deux autres personnes arrêtées également, le premier dans un bar alors qu’il avait été auparavant molesté par le MIL car il distribuait des autocollants anti-sarkosy à des jeunes, le second alors qu’il était tranquillement en train d’écouter Sarkozy. En tout il y aura huit personnes encadrées par des militaires en tenus anti-émeutes durant toute la tenue du meeting tandis que pendant ce temps là Sarkozy appel " les électeurs en Vaucluse à ne pas se faire confisquer le débat " (France Info " flash info ") ! Sans commentaires ! les 5 minutes ont depuis longtemps été multiplié quand on nous annonce qu’un problème technique est survenu et qu’il faut attendre car les gendarmes ne peuvent enregistrer pour le moment nos identités. Comme par hasard le problème de transmission informatique se terminera en même temps que le meeting et quand le mot avocat sera abordé par un des détenus.
" Demain les gens de la police refleuriront sur le trottoir, fiers de leurs états de service et le pistolet en sautoir. Sans pain, sans travail et sans armes, nous allons être gouvernés par des mouchards et des gendarmes "
Qu’est ce que cela signifie ? bien sûr c’est un accident mineur, sans conséquence mais qui pose quand même de nombreuses questions :
- 1) POURQUOI ET COMMENT EST-IL POSSIBLE EN DEMOCRATIE DE SE RETROUVER EN GARDE A VUE A L'OCCASION D'UN MEETING PUBLIC EN EXTERIEUR SANS AVOIR EN RIEN TROUBLE L'ORDRE PUBLIC ?
- 2) POURQUOI SEUL UN CANDIDAT DEPLOIT QUANTITE DE FORCES DE L’ORDRE QUAND IL NE S’AGIT MEME PAS D’UN MEETING PRESIDENTIEL ?
- 3) COMMENT EST-IL POSSIBLE QUE LA GENDARMERIE NATIONALE SOIT AUX ORDRES D'UN CANDIDAT EN CAMPAGNE ELECTORALE, ALORS QUE, ENCORE UNE FOIS, AUCUN TROUBLE A L'ORDRE PUBLIC N'A EU LIEU ???
4) L’ARMEE EST-ELLE AUTORISEE A INTERVENIR DANS CE GENRE DE SITUATION ?
5) QUEL PEUT ETRE LE ROLE DES RG DANS DE TELLES ARRESTATIONS ET EXISTE T-IL UNE COLLUSION ENTRE MIL, RG, POLICE ET GENDARME ?
Un premier élément de réponse s’impose : le candidat Bové n’a pas eu le loisir de profiter le soir même à Avignon du moindre gendarme (que Sarkozy avait dépêché exprès de Gap) ou d’un seul policier, POURQUOI ? Où sommes-nous en démocratie ou en monarchie, quel est ce déni de démocratie permanent quand rien n’autorise d’empêcher des gens d’assister à un meeting ? Nous irions bien adresser ces questions au local de l’UMP a Avignon mais leur réponse est annoncé dans la rue où il se trouve: Rue Thiers. Thiers ? le massacreur de la Commune parisienne, l’auteur de la semaine sanglante où 30 000 communards, poètes, intellectuels, ouvriers et artisans périrent dans ce qui fut la page la plus sombre de la répression du peuple par son gouvernement. C’est ce que chantait Clément : " Le peuple au collier de misère Sera-t-il donc toujours rivé ?… Jusques à quand les gens de guerre tiendront-ils le haut du pavé ?… Jusques à quand la sainte clique nous croira-t-elle un vil bétail ?… À quand enfin la République de la justice et du travail ?… " Un siècle et demi plus tard la question est toujours d’actualité.