Réponse de la LCR 84 à Avignon demain et aux autres partis de gauche au sujet des élections municipales à Avignon.

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Chers amis, chers camarades
Certains d'entre vous nous ont demandé de préciser les raisons qui ne
nous font pas envisager de liste unique de toute la gauche pour les
municipales d'Avignon mais de promouvoir une liste indépendante
anticapitaliste. Les voici.

1) Nous pensons tout d'abord qu'il y a deux gauches dans ce pays.
>> Une gauche qui a en particulier depuis le tournant dit de la rigueur
de 1983 opté pour l'accompagnement du libéralisme : option monétariste
avec la création de l'Euro et de la banque centrale indépendante,
privatisation progressive des services publics et des systèmes de
protection sociale, réduction des droits du travail et extension des
droits de l'entreprise. L'accompagnement du libéralisme devait
s'accompagner de mesures sociales "compensatrices" dont force est de
constater que depuis trente ans elles ne compensent pas grand chose de
la précarisation massive du travail, de la baisse des salaires, de la
hausse de la pauvreté (7 millions en France), du développement
totalitarisme patronal, de la destructuration du lien social dans les
villes, de l'aggravation de la pénibilité du travail sous toutes ses
formes, de la dégradation des services publics encore actifs
(éducation, santé, transports), de l'impréparation enfin de la riposte
face à la crise écologique qui menace. Quelques mesures "sociétales"
sont venues poser une baume cosmétique sur ce qu'il faut bien nommer
une contre révolution libérale. Or durant ces trente ans en Europe
comme en France la majeure partie de la gauche a été aux avant postes
de cette catastrophe sans grande résistance du reste de la gauche
institutionnelle.
>> Une autre gauche affaiblie, divisée, hésitante n'a pas renoncé, du
moins en paroles à résister au libéralisme et à penser et vouloir qu'un
"autre monde soit possible". Une partie d'entre elle projetant de tirer
à gauche la politique de gouvernement et autres exécutifs s'est
fourvoyée dans la gestion du système, y a perdu son âme et ses
électeurs sans résultats significatifs. On ne peut pas imputer l'état
de pauvreté, de précarité et de souffrance au travail actuel au seul
dernier quinquennat de la droite. Et amère ironie c'est ce gouvernement
de droite quasi extrême qui introduit la mixité d'origine dans ses
ministère, qui lance un grenelle de l'environnement, instillera sans
doute une dose de proportionnelle...
Le constat est cruel, l'échec flagrant. L'état actuel de la gauche en
témoigne lui aussi cruellement qu'il s'agisse des ralliements au
gouvernement Sarkozy ou aux postes occupés que ce soit au FMI ou à
l'OMC, qu'il s'agisse du désarroi des dirigeants socialistes et de
l'effondrement des Verts et du PCF.

2) Nous estimons donc qu'il faut s'atteler à la construction d'une
autre gauche radicalement opposée à la contre réforme libérale et
totalement indépendante de ces dérives et de ces échecs.
Une gauche décidée à mettre en cause la propriété capitaliste et pas
seulement son exercice sur l'économie et les vies.
Ceci aussi bien au plan local qu'au plan national.

3) Cette gauche à reconstruire doit être aussi d'une indépendance
sourcilleuse, quasi libertaire, envers les institutions. En effet les
institutions ne sont pas neutres, elles mettent des limites budgétaires
astreignantes, elles circonscrivent les possibilités d'interventions
publiques, elles confèrent des pouvoirs exorbitants et opaques aux élus
dont elles favorisent le cumul de mandats, le goût de l'enrichissement
et de l'autorité non partagée.
L'espace municipal en est un exemple flagrant.

4) Si une gauche radicale doit accéder à des responsabilités électives
il faut que ce soit en rupture avec les pratiques précédentes et en
conflit ouvert avec les institutions ce qui n'est possible qu'en
distribuant la majeure partie des pouvoirs à la population sous des
formes extraparlementaires conflictuelles lorsqu'il le faut. Et
implique d'entrer aussi en tension avec le monde de l'entreprise et une
partie du commerce.
La démocratie participative n'est pas une opération cosmétique portée
par des élus omniprésents, chaleureux et bienveillants, mais bien
plutôt par la mobilisation pratique y compris transgressive de la
population (par exemple occupation d'un conseil général qui ouvre de
fait la chasse aux allocataires du RMI pour se donner sur leur dos une
image de bonne gestion... du système) .

5) Il nous est proposé entre gens de bonne compagnie et au plan local
de nous doter d'une sorte de contrat de confiance, d'un programme
ambitieux et d'y aller tous ensemble.
C'est une vision qui nous paraît angélique de l'unité lorsqu'on croit,
comme nous, avoir vu des partis de gauche au gouvernement pendant cinq
ans y pratiquer grosso modo l'inverse de la politique pour laquelle et
sur laquelle ils s'étaient fait élire. Et c'est tout frais.
Lorsqu'on entend aujourd'hui les déclarations de dirigeants du parti
dominant de la gauche sur l'ordre, sur les retraites, sur les sans
papiers et j'en passe, il y a de quoi, quelque sympathie que nous
puissions entretenir entre nous, estimer que tout accord serait un jeu
de dupes.

6) Enfin il nous apparaît que battre la droite demande la mobilisation
de l'électorat dit de gauche dans sa totalité, nous sommes convaincus
qu'un électorat réduit mais décisif dans ce genre de combat, ne se
mobilisera pas autour d'une liste où prétendraient collaborer l'eau
tiède de l'accompagnement libéral et le feux de leurs revendications
bafouées depuis trente ans par les gouvernements successifs.
C'est pourquoi nous voulons leur offrir l'occasion de voter pour un
courant le plus large possible mais clairement délimité: indépendance
vis à vis des partis d'accompagnement même critique du libéralisme,
indépendance vis à vis des institutions, mise en cause la propriété
capitaliste et du "tout entreprise" qui règnent aujourd'hui,
redistribution du pouvoir au plus près du citoyen et, permettez moi
l'expression : solidarité à donf !
Au deuxième tour, s'il apparaissait que la droite puisse être battue,
nous n'avons jamais été irresponsables et nous ferons alors ce qui sera
en notre pouvoir pour inciter l'électorat qui nous aura marqué des
signes de confiance à porter ses voix de façon à virer la droite de
l'hôtel de ville, quitte même à sceller un accord de fusion
proportionnelle sans aucun autre contenu politique que chasser la
droite
Sans guère d'illusion sur la gauche mais avec pourquoi pas un zeste de
préjugé favorable, pour voir...
Une fois de plus ?
Amitiés anticapitalistes